Le 25 mai 1720 un navire marchand “Le Grand Saint Antoine” se présente à l’entrée du port de Marseille, alors que de tout évidence la Peste est à bord. A l’époque, depuis la précédente épidémie de Peste en 1650, Marseille est dotée d’une quarantaine avec des Lazarets, qui devraient éviter à la ville, et au reste de la Provence, la propagation de l’épidémie.

Mais la cargaison du “Grand Saint Antoine” est précieuse, chargée en Syrie, constituée d’étoffes de soie et de balles de coton, elle vaut 300 000 écus, et doit être vendue à la Foire de Beaucaire en juillet. Et surtout elle appartient au premier échevin de la ville, Jean-Baptiste Estelle, et ses associés, notamment Audimar et Dieudé, eux-aussi échevins de la ville… Ils vont donc faire jouer leurs relations afin que la quarantaine ne soit pas appliquée à la cargaison du “Grand Saint Antoine” ….

Moins d’un mois plus tard, le 20 juin 1720, la première victime, une femme des vieux quartiers de Marseille, décède en quelques heures… Mais elle ne sera que la première, au plus fort de l’épidémie à l’été 1720 ce sont 1000 personnes qui décèdent par jour à Marseille ! Elle ne commencera à décliner qu’au mois d’octobre où la mortalité journalière tombe à une vingtaine de personnes puis ne cesse de diminuer. Il y aura cependant une seconde vague, plus courte d’avril à aout 1722.

Le bilan est effroyable : 30.000 à 40.000 décès à Marseille, soit près de la moitié de la population ! et entre 90.000 et 120.000 victimes pour la Provence sur environ 400.000 habitants.

Heureusement, aujourd’hui la pandémie covid-19 est loin d’atteindre de telles proportions. Notre connaissance des modes de propagation des agents infectieux, nos règles d’hygiène plus développées, nos plus grandes capacités et efficacités du système de santé, jouent un rôle décisif.

On peut cependant constater que les erreurs faites à l’arrivée de l’épidémie : refus d’en reconnaître la dangerosité, priorité absolue donnée au gain économique à court terme… se sont renouvelées début 2020 au Royaume Uni et aux USA et aujourd’hui au Brésil : les gouvernants de ces États ayant refusé de mettre en place un confinement de la population ou ne l’ayant fait que tardivement.

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